Henri Guillemin – 1789 : silence aux pauvres !

Henri Guillemin : silence aux pauvres

0) Avant propos
I) La monarchie bousculée mais maintenue sous le contrôle des nantis
I-a) Les causes de la révolution
I-b) Necker et la prise de la Bastille
I-c) Abolition des privilèges ?
I-d) Déclaration des droits de l’homme et ses transgressions
I-e) La fête de la Fédération
II) La cour et l’opposition,pour des mobiles contradictoires, choisissent l’entrée dans la guerre (20 avril 1792).
III) L’expérience du délire, la République, le suffrage universel et des fusils pour la canaille
III-a) Invasion des Tuileries le 20 juin – Manifeste de Brunswick du 25 juillet
III-b) 10 août : la vraie révolution
III-c) Massacres de septembre
III-d) La guerre évitée – L’argument génial de Danton – La “bataille” de Valmy
IV) Retour au bon sens en deux temps :le prélude (9 thermidor), le salut (18 brumaire)

Avant propos

[NDLR : dans cette section “je” désigne Guillemin bien sûr :)]

2 raisons me poussent à prendre la plume.

La première est une vision « officielle » de la Révolution, qui affirme d’une part qu’elle s’étale sur près d’un siècle, et que d’autre part elle « dérape » dès la législative. La Révolution relèverait d’un « dérapage ». Original …
La deuxième concerne l’affaire de la Propriété qui est un peu trop oubliée.
Lafayette a inventé l’expression « honnêtes gens » pour définir les possédants. Contrairement aux pauvres, ces possédants ont une conscience de classe bien vivante, il suffit d’écouter Madame de Staël, Sieyès, Barnave. Les pauvres seront exclus du droit de vote et de la Garde Nationale (d’abord appelée milice bourgeoise). Le 17 juillet 1791, quand les pauvres veulent participer à la Révolution en demandant la déchéance du roi, on leur tirera dessus.
Les trois assemblées (Constituante, Législative, Convention) sont toutes les trois composées de propriétaires. Lorsque Robespierre souhaite apporter une limite à la propriété (citant l’exemple d’un esclavagiste), il est conspué. Robespierre décapité, la Convention jette le masque et acclame Boissy d’Anglas qui à la tribune dira : « un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre naturel ».

I) La monarchie bousculée mais maintenue sous le contrôle des nantis

I-a) Les causes de la révolution

Les différentes causes de la Révolution :
1) les finances désastreuses du Royaume
2) constitution pendant tout le XVIIIè siècle d’une nouvelle classe, la richesse mobilière, qui aimerait disposer des leviers de commandes réservés jusque-là aux aristocrates.
3) La France est paysanne à 85 %, les paysans supportent de plus en plus mal les droits féodaux devenus injustifiés, auxquels s’ajoutent la dîme ecclésiastique.
4) Paris compte six-cent mille habitants, dont cent mille très pauvres. L’artisan, quand il travaille, gagne 20 sols par jour. Le prix du pain en 1789 est monté à quatorze sols.
5) Les sociétés de pensée, mais qui ne se résument pas à la Franc-Maçonnerie.

On retient de Victor Hugo que la Révolution est l’œuvre de Voltaire et de Rousseau. Voltaire dans son « Essai sur les mœurs » écrit qu’un pays bien organisé, c’est celui « où  le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ». Cette morale d’entretenus est en tout point la sienne. Il dit aussi qu’il importe à l’État d’avoir à sa disposition une masse docile de « gueux ignorants » « n’ayant que leurs bras pour vivre ».

I-b) Necker et la prise de la Bastille

La banqueroute vient essentiellement de la politique d’emprunt du banquier suisse Necker. Necker avait réussi ce (facile) miracle d’assurer à la France en Amérique sa revanche militaire contre les Anglais sans augmenter d’un centime les impôts. Même proche de la banqueroute, Necker propose des emprunts. Il est la providence des banquiers.
Quand le roi renvoie Necker le 12 juillet, Camille Desmoulins gesticule à Palais Royal [fameuse scène jouée par François Cluzet], un comité de grand notables se constitue à l’Hôtel de ville, bien résolu à faire plier le roi. Ces notables arment le peuple et l’envoient prendre la Bastille, parfait symbole de l’autocratie à renverser. Dès le 15 juillet les fusils sont rappelés, en échange de 40 sols (soit 2 journées de travail). La plèbe rend les fusils, on respire.

I-c) Abolition des privilèges ?

La plèbe rurale entend imiter la plèbe urbaine, en s’attaquant aux châteaux, pour faire brûler les vieux parchemins garants des droits féodaux. Il arrive que les châteaux se mettent à brûler avec les parchemins. D’où cette nuit du 4 août, où on fait croire au peuple pour le calmer que les droits féodaux sont abolis, alors qu’en fait ils sont rendus simplement rachetables. Si le paysan paie 30 annuités d’un coup, il est débarrassé des droits féodaux. Impensable, évidemment … Ces droits féodaux ne seront abolis effectivement qu’en juillet 1793, grâce aux Robespierristes du Comité de Salut Public, Couthon et Saint-Just avant tout.

I-d) Déclaration des droits de l’homme et ses transgressions

Le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l’Homme. On insiste beaucoup sur l’article 1, « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », mais moins sur l’étrange application immédiatement réservée à ce principe par la Constituante elle-même. On oublie également un détail, un article situé à la fin de cette déclaration, qui concerne la propriété. Celle-ci est qualifiée d’inviolable et sacrée.
Les trois transgressions immédiatement commises par les auteurs de cette déclaration des droits de l’Homme :
1) Libres tous les hommes ? Les Noirs des Antilles Françaises demeurent dans la servitude. Le lobby colonial est puissant à l’assemblée (Lafayette en fait partie), il veille au maintien de l’esclavage, si rentable. Pour l’abolition il faudra attendre février 1794 avec l’initiative de Robespierre.
2) Si avec la déclaration, les Français cessent d’être des sujets pour devenir des citoyens, il y aura malgré tous des citoyens actifs et des citoyens passifs. Dès juillet 1789 Condorcet et Sieyès ont fait des déclaration dans ce sens. La constitution instituera le suffrage censitaire, qui interdit de fait aux pauvres le droit de vote.
3) Si on interdit aux pauvres le droit de vote, ce n’est pas pour leur donner des fusils, et on imposera le port de l’uniforme aux membres de la garde nationale, un très bel uniforme bleu qui coûte 80 livres, dépense inconcevable pour un artisan. Robespierre a protesté en articulant une de ces vérités qu’on n’a pas envie d’entendre : « ainsi vous voulez diviser la nation en deux classes dont l’une ne sera armée que pour contenir l’autre ».

I-e) La fête de la Fédération

La première commémoration de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1790, malgré ce que peut en dire Michelet, n’était pas un rassemblement « fraternel ». Ce jour-là ont été rassemblées à Paris, arrivant de toutes les provinces, d’innombrables délégations de la garde nationale qui s’est formée de toutes parts dans le même souci qu’à Paris. Ils sont là quarante mille avec leurs fusils et leurs canons sur le Champ-de-Mars, donnant de manière tacite mais intelligible, un avertissement aux passifs : voyez les choses comme elles sont ; les fusils, c’est nous qui les avons, et nous avons même des canons pour renforcer notre toute-puissance.
Démonstration en est faite un an plus tard, le 17 juillet 1791, au même endroit sur le Champ-de-Mars. Les passifs se sont avisés de signer en masse une pétition demandant la déchéance du roi. Sous le commandement de Lafayette, la garde nationale ouvre le feu. Une centaine de morts au minimum. Que les passifs se le tiennent pour dit : les affaires de l’Etat ne les concernent pas.

II) La cour et l’opposition,pour des mobiles contradictoires, choisissent l’entrée dans la guerre (20 avril 1792).

La législative vote l’entrée dans la guerre le 20 avril 1792. Pourquoi donc ?
En 1789, la banqueroute est évitée par la confiscation des bien du clergé. En 1791 l’argent manque à nouveau, et si l’Église n’a plus rien à offrir, alors restent ces riches voisins de la Rhénanie et de la Belgique. Le 14 décembre 1791, Narbonne, le ministe de la guerre depuis le 7, affirme avec le plus tranquille cynisme que la guerre est indispensable aux finances françaises : « Le sort des créanciers de l’Etat en dépend », dit-il. On ne peut être plus net dans l’aveu.
Le prétexte à la guerre est facile à trouver, les émigrés réunis à Coblence avaient obtenu de l’Autriche et de la Prusse la déclaration de Pillnitz, signifiant leur soutien militaire à ces émigrés. Pratiquement, cette déclaration n’était rien d’autre qu’un coup d’épée dans l’eau, le soutien militaire étant conditionné par le soutien de toute l’Europe, Russie et Angleterre comprises.
Robespierre proteste : vous attendez la victoire ? La plupart des officiers a émigré, une armée sans cadres n’est pas une armée. Brissot le 28 décembre, affirme que la guerre est nécessaire à la tranquillité publique.
Ces bellicistes de la Législative font le jeu de la cour, qui voit le salut de la monarchie dans une défaite militaire française. Le roi connaît l’état de l’armée, et communique à Breteuil (émigré) qu’elle ne tiendrait pas une demi-campagne (3 mois). En dépit des supplications de Marie-Antoinette, les austro-prussiens n’attaquent pas. Ils sont obsédés par les convoitises russes de Catherine II sur la Pologne.
Le 3 mars 1792 à Etampes, les journaliers demandent une intervention municipale, permettant d’ajuster leurs faibles salaires immuables face au prix croissant du pain. Ils se fâchent, et tuent le maire, Simonneau.
La guerre ne commencera à rapporter qu’en 1794. Carnot adresse aux généraux les instructions les plus éloquentes : « Prenez tout. Il faut vider le pays ». Ou encore : « Montrez à vos soldats les richesses de l’Allemagne ».[digression sur Napoléon qui a tenu un discours similaire]

III) L’expérience du délire, la République, le suffrage universel et des fusils pour la canaille

III-a) Invasion des Tuileries le 20 juin – Manifeste de Brunswick du 25 juillet

Le roi congédie le 13 juin 1792 les infréquentables ministres Jacobins auxquels on a prêté le pouvoir un instant pour qu’ils prennent la responsabilité de la guerre. Fureur des éconduits, qui préparent aussitôt, avec la collaboration d’auxiliaires efficaces comme Santerre, une manifestation plébéienne qui devrait contraindre le roi à restituer leurs portefeuilles au trio Roland-Clavière-Servan. Robespierre désapprouve l’opération, mais les ministres déchus ne tiennent pas compte de cette opposition, et docile à leur poussée, la foule faubourienne envahit les Tuileries, le 20 juin. Le roi devra porter le bonnet rouge et boire un grand verre de vin rouge, mais il ne rappellera point les ministres.
Le lendemain, le 21 juin, la Reine écrit à Fersen qu’elle n’en peut plus, qu’elle à « cru mourir ». Elle n’en peut plus de l’Autriche qui ne fait rien. Ce qu’elle réclame, fiévreuse, angoissée, et ce qu’elle va effectivement obtenir, ce n’est pas autre chose que la gaffe suicidaire qui les emportera, elle et son mari, avec la monarchie elle-même. Le 25 juillet 1792, est signé à Coblentz, le manifeste de Brunswick, qui révèle la collusion de la cour et de l’envahisseur. L’ennemi annonce que son but est de soutenir la cause royale.

III-b) 10 août : la vraie révolution

10 août 1792, le peuple investit les Tuileries avec la ferme intention de renverser le roi. Ce 10 août, la Législative est condamnée à se dissoudre. Elle a devant elle un pouvoir nouveau, totalement illégal, mais qui, soutenu par la canaille, dispose de la force, la Commune. N’en déplaisent à nos doctrinaires d’aujourd’hui qui parlent d’un fâcheux dérapage, la Révolution française n’entra dans sa pleine réalité qu’avec le 10 août 1792.
La République ne sera proclamée que le 21 septembre, jour où se réunira la nouvelle assemblée choisie par le suffrage universel.

III-c) Massacres de septembre

Auparavant des événements importants se sont déroulés, un homme y joue un rôle majeur, Danton. Danton est un homme ambitieux, sans doctrine, pour qui la Révolution est une eau trouble promesse d’une bonne pêche. Danton a été acheté trente mille livres par le roi, mais n’a pas vraiment honoré son contrat. Dans la nuit du 10 au 11 août, vers une heure du matin, quand sur les 750 députés il en reste moins de 300, à l’improviste et par 223 voix sur 284, Danton se fait nommer ministre de la Justice. Mais voilà qu’après des mois de supplication de Marie-Antoinette, les Austro-Prussiens s’ébranlent aux derniers jours d’août.
Les nouvelles dramatiques arrivent à Paris, de la capitulation de Longwy puis de Verdun. Ce qu’annonçait le manifeste de Brunswick, voici l’heure de son application : la mise à sac de Paris, les exécutions en masse, la Révolution écrasée. Les aristocrates mis en prison depuis le 10 août laissent éclater leur joie. Le 1er et 2 septembre, c’est une liesse bruyante, dans les prisons de la capitale. Résultat : les trop fameux massacres de septembre. L’horrible saignée durera trois jours, faisant semble-t-il mille morts. Danton ne fait rien, car il ne veut pas d’histoire avec la Marat et la Commune dont il fait partie. Mais il comprend aussi l’origine viscérale de cette opération : ceux pour qui le manifeste du 25 juillet a décrit ce qui les attendra quand l’envahisseur sera là, reçoivent comme une gifle en plein visage les allégresses retentissantes des partisans de l’ennemi. Si nous devons être exterminés par les Austro-Prussiens, que leurs complices y passent d’abord !

III-d) La guerre évitée – L’argument génial de Danton – La “bataille” de Valmy

Danton fit un numéro patriotique : « De l’audace ! Encore de l’audace ! Toujours de l’audace ! Et la patrie sera sauvée ! ». Il sut inspirer à la jeune France révolutionnaire un magnifique élan national. Il demande des volontaires pour aller combattre les Prussiens. Roland écrira : les volontaires de septembre, ah ! Qu’on les envoie au plus vite « aussi loin que leurs jambes pourront les porter ; sans cela, ils reviendront ici pour nous couper la gorge ».
Danton sait parfaitement qu’accepter un choc sur le terrain, entre des bataillons français débile, à peine encadrés, et la formidable infanterie prussienne célèbre dans toute l’Europe depuis ce qu’en a fait Frédéric II, c’est aller au-devant de cette catastrophe escomptée par Louis XVI et dans laquelle la cour mettait tous ses espoirs.
Mais la France dispose d’un avantage secret. Brunswick reste aujourd’hui un personnage énigmatique. Il est réputé ami des Lumières. Sans certitude, il est vraisemblable que Brunswick appartienne à la franc-maçonnerie. Un fait en revanche établi : Brunswick conduit à regret sa guerre à la France. Preuve absolue : dès l’occupation de Verdun, Brunswick a conseillé à son maître, le roi de Prusse, de s’en tenir là et de faire prendre à l’armée ses quartiers d’hiver [à cette époque on ne combat que l’été].
Danton présente à Frédéric-Guillaume l’argument suivant : vous avez vu les massacres d’aristocrates dans les prisons. Si vos troupes avancent sur Paris, je ne pourrai pas garantir la sécurité de la famille royale. Vous porterez devant l’Histoire, la responsabilité de leur mort.
On ne connaît pas l’impact de cet argument dans la décision du roi de Prusse, toujours est-il que ça a fonctionné, et le 20 septembre est joué à Valmy un simulacre de bataille, les troupes se sont fait face et ont échangé des coups de canon faisant cinq cents morts environ. Les prussiens se retirent ensuite, et la propagande racontera que l’infanterie prussienne a été effrayée par les cris de « Vive la nation » des soldats français. Le 1er octobre, plus aucun soldat prussien ne foulait le sol de la France.
La Convention tient sa première séance le 21 septembre, et dans son discours Danton assure que les propriétés seront éternellement protégées. Cet adverbe est inusuel dans la langue juridique. Mais pour l’apaisement des esprits au lendemain d’une aventure pareille au 10 août, rien ne saurait être excessif dans la solennité des promesses concernat la fortune acquise.

IV) Retour au bon sens en deux temps :le prélude (9 thermidor), le salut (18 brumaire)

Coming soon 😛

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